Je reconnais l’importance de la sécurité des usagers et la nécessité d’assurer la pérennité des déplacements entre Gagnac-sur-Garonne et Seilh. Toutefois, le projet présenté soulève des interrogations importantes concernant ses conséquences sur l’environnement, la biodiversité, la faune, la flore, les milieux boisés et les conditions de circulation pendant les travaux.
Pour commencer, la mise en compatibilité du PLUi-H est présentée comme nécessaire notamment parce que le règlement actuel ne permettrait pas certains travaux en raison d’impacts sur des Espaces boisés classés situés à proximité du pont.
Cette situation est préoccupante. Un EBC n’est pas un simple espace vert sans valeur : il contribue notamment à préserver la végétation, les continuités écologiques, la qualité paysagère, la gestion des eaux pluviales, l’atténuation des îlots de chaleur et les habitats de nombreuses espèces animales. Le PLUi-H reconnaît lui-même l’intérêt écologique et climatique de ces espaces boisés.
Les travaux pourraient ainsi entraîner :
- l’abattage ou la dégradation d’arbres et de boisements ;
- la destruction de refuges, de zones de reproduction ou d’alimentation pour les oiseaux, chauves-souris, insectes, petits mammifères et reptiles ;
- la fragmentation des continuités écologiques entre les milieux riverains de la Garonne ;
- des nuisances sonores, lumineuses et vibratoires pendant le chantier ;
- des risques de pollution de l’eau et des sols par les engins, hydrocarbures, matériaux ou eaux de chantier ;
- une dégradation temporaire ou durable des berges et des milieux associés au fleuve ;
- une augmentation de l’imperméabilisation ou du ruissellement dans un secteur déjà soumis à des enjeux hydrauliques.
Le dossier doit donc préciser clairement la surface d’EBC concernée, le nombre et la nature des arbres susceptibles d’être supprimés, les espèces présentes, les périodes de reproduction, les mesures d’évitement et les compensations prévues.
À ce stade, il ne serait pas acceptable de modifier le PLUi-H avant que le public dispose d’un état écologique complet, indépendant et facilement compréhensible.
De plus, secteur de la Garonne constitue un corridor écologique et un espace naturel sensible. Les documents d’urbanisme locaux identifient également des continuités écologiques, des espaces boisés, des milieux humides et des secteurs liés à la trame verte et bleue.
Je demande donc que le dossier indique explicitement :
- si le chantier se situe dans ou à proximité d’un site Natura 2000 ;
- s’il existe une ZNIEFF, un espace naturel sensible, une zone humide ou un autre périmètre de protection à proximité ;
- quelles espèces protégées ont été recherchées ;
- si des inventaires ont été réalisés au printemps et en été, et non uniquement à une période limitée ;
- si une dérogation à la protection des espèces est susceptible d’être nécessaire ;
- quelles mesures seront prises pour éviter la destruction d’habitats ou de spécimens protégés.
L’absence d’identification claire d’un site protégé ne signifie pas l’absence d’enjeu écologique. La biodiversité ordinaire, les haies, les arbres matures, les berges et les corridors de déplacement jouent également un rôle essentiel.
Par ailleurs, le projet prévoit le remplacement du tablier du pont, avec conservation des piles et des culées. La fermeture totale du pont est annoncée pour une durée de six à huit mois, dans le cadre d’un chantier global estimé à environ douze mois.
Le pont est emprunté par environ 22 000 véhicules par jour, dont environ 4% de poids lourds. Il est donc important de ne pas présenter cette fermeture comme une simple gêne temporaire.
Elle aura des conséquences importantes pour :
- les habitants se rendant au travail ou dans les établissements scolaires ;
- les personnes âgées et les personnes à mobilité réduite ;
- les entreprises, commerces, artisans et services locaux ;
- les transports collectifs et les véhicules de secours ;
- les habitants des communes voisines qui subiront les reports de trafic.
La fermeture entraînerait, selon les modélisations présentées, un report de 35% du trafic vers le pont d’Ondes et de 65% vers les deux ponts de Blagnac. Le bilan de concertation estime également à 2,4 millions le nombre de kilomètres supplémentaires parcourus chaque mois pendant la fermeture.
Je demande que Toulouse Métropole publie :
- la date exacte de début et de fin de fermeture ;
- le nombre exact de jours de fermeture complète ;
- les temps de trajet supplémentaires par itinéraire et par période de la journée ;
- les conséquences pour les transports en commun ;
- les mesures prévues pour les secours, les personnes handicapées et les déplacements professionnels ;
- une estimation du temps total perdu par les usagers pendant toute la période de chantier.
Enfin, la modernisation du pont peut répondre à un enjeu réel de vieillissement du tablier et de corrosion des câbles de précontrainte. Toutefois, le bilan de concertation indique également que le pont fonctionne normalement sous le trafic actuel grâce à la surveillance, aux capteurs et au système de pesage.
Cela pose une question essentielle : le remplacement immédiat du tablier est-il la seule option possible, ou une solution parmi plusieurs scénarios ? Avant de modifier le PLUi-H et d’autoriser des atteintes potentielles aux EBC, il serait nécessaire de comparer publiquement :
-une réparation renforcée et progressive du tablier ;
-une limitation temporaire ou permanente de certains véhicules, notamment les poids lourds en surcharge ;
-une réduction de la circulation automobile par un plan de transport collectif ;
-la réalisation préalable du Franchissement Nord Garonne ;
-la construction d’un ouvrage provisoire ;
-une technique permettant de maintenir au moins une voie de circulation pendant les travaux ;
-un phasage des travaux limitant les périodes de fermeture totale.
Le report de plusieurs milliers de véhicules vers d’autres ponts risque d’augmenter les bouchons, le bruit, les émissions polluantes et les risques d’accident dans des quartiers qui ne sont pas nécessairement dimensionnés pour accueillir ce trafic.
Il conviendrait donc de privilégier une réduction effective des déplacements automobiles grâce au télétravail, au covoiturage, aux transports publics, au vélo et à la mutualisation des déplacements professionnels.
En conséquence, je demande :
-Le rejet de la mise en compatibilité du PLUi-H tant que les incidences environnementales n’ont pas été complètement documentées.
-La réalisation d’inventaires écologiques indépendants couvrant au minimum une année complète.
-La publication d’une carte précise des EBC, zones humides, corridors écologiques, habitats et sites protégés concernés.
-La publication de la surface exacte d’espaces boisés affectée et du nombre d’arbres susceptibles d’être abattus.
-L’étude comparative de toutes les alternatives, notamment la réparation progressive, le franchissement provisoire et le Franchissement Nord Garonne.
-La communication de la durée exacte de fermeture et des temps de trajet supplémentaires par itinéraire.
-La mise en place préalable d’un plan de mobilité crédible, chiffré et financé.
-La consultation des associations de protection de la nature, des usagers, des agriculteurs, des entreprises et des habitants riverains.
-La garantie que toute destruction d’habitat ou d’espèce sera évitée, et non simplement compensée a posteriori.
À défaut de garanties suffisantes, l’abandon ou le report du projet.
Pour ces raisons, j’émets un avis défavorable au projet en l’état et demande que la protection de la biodiversité, des espaces boisés, de la Garonne, des animaux et des habitants soit placée avant la réalisation d’un projet dont les alternatives n’ont pas encore été suffisamment démontrées.
Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l’expression de ma considération distinguée.
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